J'ai voulu aller au marché, pour l'ambiance. Deux heures, quatre sacs, un poulet trop gros et trois fromages pris parce que le monsieur était sympathique. Il a tout porté jusqu'à la voiture. Au dernier stand, j'ai demandé si on prenait des fraises. Il a dit oui avec la voix d'un homme qui aurait dit oui à n'importe quoi.
Sortie pharmacie 22h47. J'ai récité la marque exacte, le modèle, le nombre. La pharmacienne m'a dit « bien joué vous ». J'ai jamais été aussi fier de ma vie. Mon diplôme d'ingénieur n'a jamais fait ça.
On teste toujours deux files différentes pour voir laquelle avance le plus vite. C'est moi qui ai inventé ce jeu débile. Hier, j'ai gagné haut la main. Sauf que le caddie était de son côté. Je suis passée en caisse avec un paquet de chewing-gums, l'air triomphante, et je l'ai attendu onze minutes dehors.
J'ai annoncé que les courses de la semaine, c'était vingt minutes chrono, pas une de plus. J'ai oublié la liste sur la table et j'ai fait de mémoire. Dix-huit minutes. Record battu. Quatre paquets de pâtes et aucun ingrédient des repas qu'on avait prévus. On a mangé des pâtes. J'ai gardé mon record.
Trois ans que je récite notre numéro de fidélité à la caisse. Trois ans qu'on ne reçoit jamais le moindre bon. Hier, la caissière m'annonce que le compte est au nom d'un monsieur à l'autre bout du département. J'avais inversé deux chiffres dès le premier jour. Elle m'a félicité pour la régularité.
Avec la scanette, c'est elle qui scanne et moi qui pousse. Au contrôle aléatoire de la sortie, l'agent trouve trois articles non passés. Les trois, c'est moi qui les avais glissés dans le caddie sans rien dire, pour lui faire la surprise au déballage. La surprise a eu lieu à la sortie.
L'écran de la caisse m'annonce qu'il me manque 4 € pour avoir 10 € de remise. J'attrape le premier truc du présentoir : un rouleau de nappe en papier motif citrouille. On est en mars. Il l'a scotché au mur de la cuisine, en hommage à mon économie.
J'ai coché « remplacements autorisés » sur le drive pour gagner du temps. Onze articles remplacés. Les yaourts nature sont devenus de la crème dessert, et les lardons, du tofu fumé, ce qui reste la décision la plus audacieuse de ce magasin. On a fait une carbonara au tofu. Elle a dit que c'était très bon. Elle mentait. Je l'ai laissée mentir.
On a pris deux paniers et coupé la liste en deux, pour aller plus vite. On s'est retrouvés dans chaque rayon. On s'est raconté notre journée devant les conserves. On est passés en caisse avec tout en double, sauf les œufs, que chacun avait laissés à l'autre. Une heure quarante. On recommence samedi.
Une seule mission pour le réveillon : le pain pour douze. J'y ai pensé à dix-neuf heures trente. Quatre stations-service. Je suis rentré avec neuf pains au lait et deux paquets de biscottes. On a fait les toasts de foie gras sur biscotte. Sa mère a trouvé ça original. Personne n'a jamais reparlé du pain, et c'est ce silence qui me hante.
Grand rangement des placards : onze boîtes de maïs. J'ai dit que c'était sûrement lui. Il a ouvert l'historique du drive et il a tourné l'écran vers moi. Onze commandes, onze fois du maïs, toutes passées depuis mon compte. Il a rangé son téléphone et il est allé faire autre chose. On mange du maïs jusqu'en octobre.
Elle m'avait dit « le déodorant, le bleu ». J'ai pris les quatre bleus du rayon, pour être sûr. En rentrant, j'ai appris que la marque avait changé son emballage et que le bon était passé au vert. Je les utilise tous les quatre, en rotation, parce que je les ai payés et qu'il me reste ça.
Ces anecdotes viennent de l'application
« Help je suis en couple » est un fil d'anecdotes anonymes, où chacun raconte ses propres maladresses. Gratuit, sans compte, sans donnée de santé.