Elle pleurait devant une pub pour du fromage. J'ai demandé « c'est peut-être tes règles non ? ». Je poste depuis le canapé. Il est confortable. J'y suis pour deux jours.
Elle racontait sa journée, une histoire de réunion et de collègue. J'ai dit « bon, c'est pas si grave non plus ». Trois mots de trop. J'ai ensuite écouté, debout dans la cuisine, la version longue de tout ce qui était grave. J'avais tort sur les onze points.
En pleine dispute, j'ai lâché « tu es exactement comme ta mère ». Elle n'a pas crié. Elle a juste dit « et tu sais ce que fait ma mère, dans ces cas-là », et elle est allée se coucher. J'ai fini la vaisselle, sorti la poubelle et préparé le café du lendemain. Exactement comme son père.
J'ai raccroché avec le service client en disant « je t'aime, à ce soir ». Le monsieur a marqué un temps, puis « bonne journée à vous aussi ». Il était dans la pièce, il a tout entendu. Maintenant, chaque fois qu'il part bosser, il me lance « je t'aime, à ce soir » avec la voix du monsieur du service client.
Sa mère racontait son histoire de place de parking. J'ai dit « faut relativiser ». Le silence a duré deux secondes. Après ça, on m'a demandé mon avis sur absolument tout, très poliment, jusqu'au café. Sous la table, elle m'a tapoté le genou. Pas pour me soutenir. Pour me dire que c'était fini.
Il me faisait des pâtes, et j'ai lâché sans réfléchir que mon ex mettait de la crème. Depuis, toutes ses pâtes ont de la crème. Il demande à chaque fois « c'est mieux comme ça ? », en me regardant bien en face. Je déteste la crème. Je finis mon assiette à chaque fois.
Au dîner, j'ai raconté qu'elle pleure devant les pubs d'assurance. Tout le monde a trouvé ça adorable. Elle a souri, et elle a enchaîné avec le documentaire sur les manchots devant lequel j'avais sangloté. On a parlé de moi et des manchots jusqu'au dessert.
Il m'a demandé ce que je préférais : un week-end tous les deux, ou refaire la salle de bain. J'ai répondu la salle de bain, persuadée que la question était théorique. Il avait déjà réservé l'hôtel. Il a annulé sans un mot de reproche. On a une très belle salle de bain. J'y pense chaque fois que je me lave les dents.
Elle m'a demandé à quoi je pensais, la tête sur mon épaule, avec la voix du dimanche soir. J'ai répondu la vérité : j'estimais combien de ballons de foot tiendraient dans le salon. J'ai voulu rattraper en disant que je nous imaginais dans ce salon plus tard, avec des enfants. C'était pire, et beaucoup plus long à défaire.
J'ai lancé l'histoire du camping et du sanglier en plein apéro, tout le monde riait, j'étais lancée. À la moitié, je me suis souvenue avec qui j'y étais allée. J'ai fini en disant « une copine », deux fois, très mal. Il n'a rien dit. Il a resservi tout le monde, très lentement, en commençant par moi.
Il a passé janvier à apprendre la guitare en cachette. Un soir, il m'a joué son morceau en entier, les oreilles rouges. J'ai dit « c'est déjà beaucoup mieux que la semaine dernière ». La guitare est remontée sur l'armoire le lendemain. C'est moi qui l'époussette, tous les mois, comme une pénitence.
On s'expliquait fort au sujet d'une éponge. J'ai dit « bon, on se calme ». L'éponge a été réglée en trois minutes. Le « on se calme » a duré jusqu'à minuit, et je l'ai perdu deux fois.
Il est sorti de la salle de bain en chemise, prêt pour le mariage. J'ai dit « ah mais tu peux être vraiment élégant, en fait ». Le « en fait » m'a échappé. Il a souri, il m'a même ouvert la portière. Il me l'a ressorti au dessert, devant sa sœur, avec exactement la même intonation.
Lumière basse, moment calme, je me penche et je l'appelle par le prénom du chat. Le chat est venu. Il est resté. Elle a ri onze minutes. J'ai juré que c'était un surnom affectueux, ce qui n'a sauvé personne.
Ces anecdotes viennent de l'application
« Help je suis en couple » est un fil d'anecdotes anonymes, où chacun raconte ses propres maladresses. Gratuit, sans compte, sans donnée de santé.