Il a hurlé sur un penalty à 22h. Le voisin a sonné. J'ai juré qu'il ne se passait rien d'anormal chez nous. J'ai dû le dire en criant. Parce qu'à ce moment-là, je hurlais aussi.
Six mois que je lui reproche son jean posé sur la chaise de la chambre. Samedi, grand tri, on vide la chaise ensemble, victoire. Son jean est parti au sale. Mon pull, lui, était reposé sur le dossier avant même que j'aie fini de plier le reste. Il n'a rien dit. Il a regardé la chaise, puis moi.
Quatre ans qu'on se dispute la salle de bain à 7h10. J'ai proposé un planning, il a dit oui à tout. Le lendemain je me lève à 6h50 pour prendre de l'avance : il y était déjà, levé à 6h40, même raison. On en est à 6h15 tous les deux. On se croise dans le couloir. Personne n'a jamais reparlé du planning.
J'ai offert un robot aspirateur pour qu'on arrête de se disputer sur le ménage. Je passe maintenant vingt minutes à ranger le sol avant de le lancer, pour qu'il ne se coince pas dans les câbles. Il a fait remarquer que ranger le sol, avant, ça s'appelait faire le ménage. Je lui ai demandé de sortir de la pièce.
Il a mis trois jours à monter la commode. J'ai proposé mon aide au bout d'une heure, il a refusé. Le troisième jour, j'ai regardé la notice : il manquait une étape. Je l'avais lue dès le premier jour. Je n'ai rien dit. J'aurais dû.
Je colle mes cheveux sur le carrelage de la douche en me disant que je les enlèverai en sortant. Je ne les enlève jamais. Lui, il les décolle sans rien dire, depuis des années. Hier, il y en avait un collé sur le miroir, en forme de cœur. On n'en a jamais parlé.
J'ai une méthode pour ranger le lave-vaisselle, six ans à la perfectionner. Hier il l'a rempli tout seul, gentiment, pendant que je bossais. J'ai tout ressorti, tout remis à ma façon. Il est arrivé derrière moi et a dit doucement : « il tournait ». Il tournait depuis vingt minutes.
Quarante minutes à chercher un film. Elle a dit « choisis, toi ». J'ai choisi. C'était le mauvais. Bien sûr que c'était le mauvais. Il n'y avait jamais eu de bon choix.
Trois heures pour monter l'étagère. J'ai refusé son aide deux fois. Fini, fier, elle a même applaudi. Deux jours après, on pose les livres et ça penche : j'avais vissé le panneau du fond à l'envers, le beau côté contre le mur. Elle n'a pas proposé de recommencer. Elle a juste dit que le mur avait de la chance.
L'ampoule du couloir a lâché en janvier. « Je m'en occupe. » En avril, je l'entends sortir l'escabeau. J'ai traversé l'appartement en courant et je l'ai changée en huit secondes. J'avais tenu trois mois pour huit secondes.
Novembre. J'ai décrété qu'on ne chauffait pas avant décembre, par principe. Douze jours en polaire, sous deux plaids, thé toutes les heures. Le treizième, j'ai monté la chaudière en jurant qu'elle s'était déréglée toute seule. Il a hoché la tête. Il a l'appli sur son téléphone.
On a acheté un crochet pour les clés. Dessus, il y a une casquette, un sac de courses et une laisse. Mes clés, elles, finissent toujours dans la porte du frigo, à côté du beurre. Elle ne demande même plus : elle ouvre, me les tend, referme.
Elle est partie cinq jours, une seule consigne : arroser la plante du salon. Rappel quotidien, un grand verre chaque matin, jamais oublié. Elle est rentrée : la plante avait noirci à la base. C'était un cactus. Le rappel sonne encore tous les matins. Je n'ai pas osé le supprimer.
J'ai perdu la télécommande. J'ai vidé le canapé, soulevé le buffet, ouvert le frigo au cas où. Elle a proposé de l'appeler, pour rire. J'ai expliqué que ça ne marchait pas comme ça, une télécommande. On l'a retrouvée dans la poche de mon peignoir. Que je portais depuis le début.
Ça fait trois semaines qu'on s'habille directement sur l'étendoir. On ne dit plus « l'étendoir », on dit « le dressing ». Hier j'ai tout plié et tout rangé dans l'armoire, très fière de moi. Ce matin, il a tourné dix minutes dans la chambre avant de me demander où était passé son tee-shirt.
Vingt minutes avant l'arrivée des invités, j'ai tout mis dans un carton et le carton dans la chambre. Soirée impeccable. Puis quelqu'un a cherché son écharpe. J'ai fini à genoux dans le couloir à sortir des chaussettes d'un carton devant six personnes, pendant qu'elle expliquait qu'on venait d'emménager. On habite là depuis quatre ans.
Ces anecdotes viennent de l'application
« Help je suis en couple » est un fil d'anecdotes anonymes, où chacun raconte ses propres maladresses. Gratuit, sans compte, sans donnée de santé.