J'ai acheté des serviettes. Fier de moi. J'ai pris le paquet le plus gros pour être sûr d'en avoir assez. C'étaient des protections pour incontinence urinaire. Elle rit encore. Moi non.
Trois heures que je lui masse le ventre sans bouger le bras. Plus aucune sensation dans la main droite. Je ne dirai rien. C'est mon devoir. Envoyez des renforts.
Elle m'avait dit de prendre en photo la boîte vide avant de partir. J'ai pris la photo. À la pharmacie, j'ai tendu mon téléphone avec l'air de quelqu'un qui gère. La pharmacienne a mis trois secondes : « ça, monsieur, c'est du démaquillant. » J'ai acheté le démaquillant. Il fallait bien rentrer avec quelque chose.
J'ai dit « ça va, je gère » je ne sais plus combien de fois. Alors il a arrêté de proposer et s'est mis à faire sans demander : le plaid apparaît, la porte se referme doucement, le thé arrive. Je lui ai reproché de me traiter comme une invalide. Il n'a plus rien fait le mois suivant. Je lui ai reproché ça aussi.
22h40, un parfum de glace précis, un seul. Il est parti sous la pluie et il est rentré trempé avec celui d'à côté, en s'excusant deux fois. Je l'ai mangée en entier. C'était meilleur. Depuis, je continue à réclamer l'autre parfum, parce que je ne vois pas comment lui annoncer ça maintenant.
Camping, deux heures du matin, plus une seule protection dans le sac. Il s'est levé sans que je demande, frontale sur la tête, et on a traversé le terrain en file indienne jusqu'aux sanitaires. Au retour, on a ouvert une tente bleue avec beaucoup d'assurance. Ce n'était pas la nôtre.
Pas de bouillotte à la maison. J'ai trouvé une vidéo : une chaussette, du riz, deux minutes au micro-ondes. J'ai mis six minutes, pour être sûr. L'appartement a senti le pop-corn brûlé jusqu'à minuit. Elle a fini la soirée avec un sac de petits pois congelés sur le ventre.
Pharmacie de garde, dimanche, on se parle à travers un hygiaphone qui grésille. J'ai dû répéter ma commande trois fois, de plus en plus fort. Derrière moi dans la file, un collègue de bureau. Lundi matin, machine à café, il m'a demandé très sérieusement si ça allait mieux. J'ai dit oui, merci.
Elle a voulu une tartiflette. En juillet. Deux magasins pour le bon fromage, deux heures de cuisine, l'assiette montée jusqu'au lit comme au restaurant. Elle dormait. Profondément. J'ai mangé la tartiflette debout dans la cuisine, à minuit. Elle était excellente. Je ne l'ai pas réveillée.
Il avait proposé d'y aller. J'ai dit que ce serait plus rapide toute seule. Caisse automatique, article non reconnu, et la machine qui répète « un agent va vous assister », un vendredi soir à 21h. Je suis restée le paquet levé en l'air devant toute la file. Il attendait dans la voiture. Il n'a pas posé de questions.
Il m'a demandé si j'avais besoin de quelque chose. J'ai dit non. Il a dit d'accord. Je lui en ai voulu une heure et demie d'avoir cru un seul mot de ce que je venais de dire.
Je l'ai envoyé chercher un truc à la pharmacie. Je n'en avais aucun besoin. Je voulais vingt minutes de silence, seule, sous un plaid, sans personne pour me demander toutes les dix minutes si ça va. Il est rentré avec le truc, et des fleurs. Maintenant j'ai un placard plein et une dette morale.
J'ai mis un rappel discret dans notre agenda partagé, pour anticiper et être au point. Discret, c'est-à-dire J-2, en gris clair. J'avais oublié que sa mère a le même agenda pour caler les repas de famille. Elle a appelé pour savoir ce qu'on fêtait le 14.
Un mardi, je lui ai reproché de poser son verre trop fort sur la table. Il n'a rien répondu. Il a posé son verre plus doucement. C'était il y a huit mois. Il le pose toujours comme s'il désamorçait quelque chose. Je n'ai toujours pas trouvé comment lui dire que ce jour-là, le problème n'était pas le verre.
J'avais tout installé pour 21h : le plaid, la bouillotte, le chocolat, la série lancée. À 21h20, c'est elle qui m'a réveillé pour me dire que la bouillotte était froide. J'étais allongé dessus depuis vingt minutes. Dans ma tête, c'est quand même moi qui me suis occupé d'elle ce soir-là.
Je pars plus tôt le même jour chaque mois. J'ai dit à mon collègue « un truc à la banque », trois fois de suite. Il m'a proposé son conseiller à lui, vu que le mien a l'air de me faire perdre un temps fou. Depuis deux ans j'ai un conseiller fictif, et mon mec note le faux rendez-vous dans son agenda pour ne pas nous trahir.
Je crois savoir lire les signes maintenant. Quand elle range le salon en silence, c'est que ça arrive. J'ai sorti le chocolat, le plaid, lancé son épisode. En fait elle rangeait parce que sa sœur dort là ce soir. Sa sœur est arrivée pile devant le plateau et a demandé qui était malade.
J'ai demandé la fenêtre ouverte. Dix minutes après, fermée. Puis ouverte. Il s'est levé quatre fois sans poser une seule question. La cinquième, je l'ai trouvé debout à côté de la poignée, en attente, comme un majordome. J'ai dit « ferme ». Il a fermé. On n'en a jamais reparlé.
Elle était pliée en deux sur le canapé. J'ai pris ma voix douce et j'ai dit : « il paraît que le sport, ça soulage ». J'ai enchaîné « ou pas » très vite. Trop tard. On avait tous les deux entendu la première version.
Ces anecdotes viennent de l'application
« Help je suis en couple » est un fil d'anecdotes anonymes, où chacun raconte ses propres maladresses. Gratuit, sans compte, sans donnée de santé.