Je ne sais toujours pas ce que fait l'icône en haut à gauche de mon écran. Je passe par le menu, tous les jours, pour continuer à ne pas le savoir.
La double saisie, le formulaire papier ET numérique, la mise à jour qui déplace tous les boutons. Aucun éditeur n'est nommé : ils se reconnaîtront tous.
Cases obligatoires du formulaire : toutes. Cases qui décrivent ce que j'ai fait ce matin : aucune. Case que j'ai fini par cocher : « autre ». Espace prévu pour préciser « autre » : néant.
J'ai imprimé la liste des raccourcis clavier. Elle vit pliée dans ma poche de blouse, jamais dépliée. Un porte-bonheur, c'est le seul service qu'elle m'ait rendu.
— Ça rame ? — À un point. — T'as combien de fenêtres ouvertes ? — Je n'ai rien fermé depuis mars. — Mars ? — Mars.
J'ai dit « merci » à voix haute au photocopieur, devant témoins. Il venait de recracher, intacte, la pile de feuilles qu'il avait avalée de travers.
Mise à jour pendant la nuit. Le matin, plus de bouton « valider » nulle part. Je l'ai retrouvé en bas à droite, gris sur fond gris, et je lui ai parlé avec une douceur que je réserve d'habitude aux gens.
Messagerie dédiée, portail, appli : tout est en place. Ce matin, pour joindre le service, j'ai faxé. Ça a marché. Personne n'a trouvé ça bizarre, surtout pas moi.
Ma signature à la souris ressemble à un tracé, pas à un nom.
J'ai rempli le papier. Je l'ai ressaisi dans l'ordinateur. Je l'ai scanné pour le joindre au dossier où je venais de le ressaisir. Je n'ai toujours pas déjeuné.
— T'as validé le module obligatoire ? — J'ai regardé la vidéo en entier. — Et cliqué sur « J'ai terminé », tout en bas ? — Il y a un bouton tout en bas ? — Bon courage pour la regarder encore une fois.
Ce que j'ai tapé : une transmission bien tournée, presque littéraire. Où je l'ai tapé : dans la barre de recherche. Ce qui s'est affiché : « Aucun résultat ».
Le champ « étage » était obligatoire. La maison est de plain-pied. J'ai mis zéro. Refusé : « la valeur doit être supérieure à zéro. » Cette adresse a maintenant un étage que personne n'a jamais vu.
Ces anecdotes viennent de l’application « Help je suis infirmier »
Un fil d’anecdotes anonymes de soignants. Deux règles : aucune malveillance, et personne n’est reconnaissable. Gratuit, sans compte.