Le thermomètre annonce une température de reptile. Je reprends : pareil. Je commence à froncer les sourcils. Je prends la mienne pour comparer : reptile aussi. J'ai soupçonné la biologie bien avant l'appareil.
Il y a dans chaque service un objet qui a décidé de nuire. Le brassard qui se dégonfle, l'emballage stérile qui résiste, le stock de gants uniquement en taille S.
— Tu cherches quoi ? — Mon garrot. — Il est à ton poignet depuis ce matin. On a fait toute la tournée.
J'appuie sur la pédale du distributeur de gel. Rien. J'appuie plus fort. Rien. Je me penche pour regarder dessous en donnant un dernier coup de talon : j'ai pris la réserve de la semaine dans l'œil. Et le collègue derrière moi aussi.
Ma blouse accumule de l'électricité statique toute la journée. Je prends une décharge à chaque poignée de porte. J'ouvre tout avec le coude maintenant, et je laisse croire que c'est pour l'hygiène.
Toute la commande de gants du mois est arrivée. Uniquement des S. Je fais du L. Je soigne donc avec les doigts en accordéon et le poignet garrotté par ma propre protection.
— Le local est fermé, t'as la clé ? — C'est toi qui l'avais. — Et je l'ai rangée où, à ton avis ? — … Dans le local.
Tubulure mal clampée, purge faite d'une seule main, et moi qui explique que j'ai l'habitude. Je rentre la manche gauche gorgée de sérum phy jusqu'au coude.
Certains chariots roulent droit. Je prends toujours l'autre, parce que c'est le seul dont je connais le sens de l'embardée.
Inventaire du coffre, ce matin : six paires de ciseaux, un parapluie cassé, une surchaussure dépareillée, pas un seul sac poubelle. Et sous le siège, le pansement que je cherche depuis des semaines. Périmé.
« Je vous prends juste la tension, c'est l'affaire d'un instant. » Ensuite : un brassard qui fuit, un appareil qui s'éteint, une pile à changer, et une mesure au poignet, parce qu'à ce stade je n'avais plus aucune crédibilité à sauver.
Gel plein les mains, je tape mon choix sur l'écran du distributeur. Plus rien ne répond. Puis tout répond d'un coup, y compris un bouton dont j'ignorais l'existence.
J'ai un ennemi : le petit rabat de l'emballage stérile qui ne se décolle jamais du bon côté. Diplôme d'État, des années de métier, et je perds contre du papier tous les jours.
— Où est la notice du nouveau photocopieur ? — Il faut l'imprimer.
Contenu du sac : des garrots, des stylos morts, un thermomètre, des compresses d'une époque révolue, un chargeur qui n'appartient à personne. Ce que je cherchais : des ciseaux. Ce que j'ai utilisé : mes dents.
Mon stéthoscope est gravé à mon nom, planqué dans une poche intérieure, rangé sous clé quand je pars. Résultat : je ne le retrouve jamais et j'ausculte avec celui du chariot, qui siffle et à qui il manque une olive.
Sparadrap, nom masculin : rouleau dont le début se situe exactement là où je viens de gratter avec un ongle, sans succès, avant de le passer à quelqu'un d'autre en expliquant que je n'ai pas les bons ongles.
Ça bipait. J'ai vérifié la pompe, la tubulure, le débit, la prise, l'alarme. J'ai changé l'appareil. Ça bipait toujours. C'était mon téléphone, dans ma poche, qui me rappelait de vérifier la pompe.
Ces anecdotes viennent de l’application « Help je suis infirmier »
Un fil d’anecdotes anonymes de soignants. Deux règles : aucune malveillance, et personne n’est reconnaissable. Gratuit, sans compte.