*En chambre* Mr voici votre sonnette , je laisse proche de vous. En cas de problème appuyer desus et on viendra vers vous *Retour vers la salle de soin* Le patient sonne en urgence *Cours vers sa chambre* Qu'y a t'il monsieur ? J'ai sonné pour voir si sa fonctionne et si vous viendriez
Personne n'a commencé bon. Cette catégorie est celle où le narrateur est le plus ridicule, et c'est très bien : ce sont les anecdotes que les étudiants relisent en se disant qu'ils survivront.
Premier jour, quelqu'un m'arrête dans le couloir pour demander son chemin. J'ai répondu « au fond à droite » avec un aplomb magnifique. Il n'y a rien au fond à droite. Je le sais maintenant, j'y ai fait l'aller-retour.
— T'en as déjà fait beaucoup ? — Plein. — Tu as enfilé tes gants sur la même main.
Mon tout premier cathéter, retour veineux immédiat. Gloire absolue, très brève : le temps de lâcher la main pour attraper le pansement, j'étais à genoux dans les compresses.
On m'a dit « tu gères, je reviens ». J'ai répondu oui avec une conviction folle. Puis j'ai géré très fort, debout au milieu du couloir, sans bouger.
Au début, ma seule compétence solide : dire « je reviens tout de suite » avec l'assurance de quelqu'un qui sait où il va.
On m'a montré comment brancher la pompe. J'ai hoché la tête avec l'air de quelqu'un qui en branche tous les jours. Le soir, j'ai emporté la notice aux toilettes pour la relire tranquillement.
Au début, une alarme de pompe me faisait bondir. Aujourd'hui c'est pareil, sauf que je marche lentement pour que ça ne se voie pas.
« Oui oui, j'ai déjà fait. » En pensant très fort à la vidéo regardée en accéléré, dans le bus, la veille.
Ce qu'on m'a dit : « tu prends la 12, c'est tranquille. » Ce que j'ai compris : « tu prends la 12. » Ce que j'ai entendu : mon cœur, dans mes oreilles, pendant les neuf mètres de couloir.
À mes débuts, dès que je ne savais pas quoi faire, j'allais me laver les mains. Les mains les plus propres du service, et pas une compétence de plus.
J'ai surtout appris à avoir l'air de savoir où sont les compresses.
Au tout début, on me glisse : « dans le doute, tu dis docteur. » Je dis encore « docteur » à peu près à tout le monde. Le monsieur qui remplit le distributeur de boissons a un titre universitaire grâce à moi.
« Tu fais le tour ? » Je l'ai fait. Joli bâtiment, côté jardin.
Pansement en solo. J'ai scotché ma manche au bras du monsieur.
— C'est vous l'infirmier ? — Oui. — Vous tenez ça à l'envers.
La cadre me dit d'aller faire les gaz de la chambre du fond. Je pars avec le chariot, persuadé qu'on me demande d'aérer. Je reviens fier annoncer que la fenêtre est grande ouverte et que ça sent le dehors. Le monsieur a demandé qu'on garde ce protocole-là.
Un monsieur m'annonce que le collègue de la veille lui écrase son comprimé dans la compote. Je ne vérifie rien, j'écrase, je sers. Il finit le pot, repose la cuillère et m'explique que le comprimé, il l'avale très bien tout seul.
Le téléphone du poste sonne pendant le tour. Je décroche avec ma voix grave, celle des gens sérieux : « Service, bonjour. » Silence. Puis : « C'est maman, je voulais savoir si tu avais mangé. » Le collègue derrière moi a répondu à ma place que non.
On me demande de remplir les transmissions. Je note tout, consciencieux, jusqu'au fait que le monsieur trouve le café imbuvable. La relève l'a lu à voix haute devant le service entier. Le café a changé de marque la semaine d'après. Le monsieur, lui, était déjà rentré chez lui.
Je me présente à la famille, blouse repassée, voix d'expert : je m'occupe de monsieur aujourd'hui. Le fils me serre la main, hoche la tête, puis retourne délicatement mon badge dans le bon sens. On y lisait ÉTUDIANT en capitales, depuis le début de la conversation.
Je pose ma perf sous l'œil d'un collègue qui fixe ses chaussures pour ne pas me mettre la pression. Je rate. Je re-rate. Le monsieur tend son autre bras et m'indique la veine qui a l'habitude. On la voyait depuis le couloir.
Ces anecdotes viennent de l’application « Help je suis infirmier »
Un fil d’anecdotes anonymes de soignants. Deux règles : aucune malveillance, et personne n’est reconnaissable. Gratuit, sans compte.