« Vous faites quoi dans la vie ? » « De l'administratif. » Quelqu'un au bout de la table : « mais non, c'est infirmier ». Trois téléphones sont sortis avant le dessert.
On ne raccroche pas la blouse en sortant. On regarde les avant-bras au restaurant, on se lève dans le train, et on reçoit des photos de plaies à des heures indues.
Consignes données pendant le déménagement d'un ami : plier les genoux, dos droit, on ne se tord pas, on prévient avant de lâcher. Nombre de personnes qui ont eu mal au dos le lendemain : moi.
J'ai repéré tous les points d'eau de la location avant d'avoir trouvé la chambre. En congé depuis ce matin, et déjà un circuit de lavage des mains organisé dans une maison qui n'est pas la mienne.
En arrivant au camping, j'ai répondu au voisin de tente que oui, c'était mon métier. Le soir même, je désinfectais un genou sur le parking, en tongs, la lampe du téléphone coincée entre les dents.
Je mets les séries médicales sur pause pour signaler les erreurs. Hier, tout un développement sur une poche vide branchée n'importe comment. Il n'y avait personne dans le salon.
Mon frigo est rangé comme un stock. Dates courtes devant.
Vacances annoncées : plage, sieste, lecture. Il y a eu une écharde, un coup de soleil, puis « t'as pas ton tensiomètre dans la voiture ? ». J'avais mon tensiomètre dans la voiture.
Week-end chez des amis. J'ai emporté plus de compresses que de sous-vêtements. Personne ne s'est blessé. Quelle déception.
Le serveur m'a tendu la carte des vins. J'ai fixé son avant-bras. J'ai dit « la médiane, s'il vous plaît ». Il a cherché longtemps sur la carte.
« Y a-t-il un soignant à bord ? » Un silence, et je me lève. Verre d'eau, fenêtre ouverte, ça allait déjà mieux avant que j'arrive. Restait à expliquer à toute la voiture pourquoi j'avais un stéthoscope dans mon sac de plage.
À la personne qui m'a servi à la boulangerie ce midi et qui n'a rien dit : c'était de la bétadine. Sur le front, sur le poignet, un peu dans les cheveux. Je me l'étais mise moi-même, dès le matin. Vous auriez pu.
Barbecue. Quelqu'un se brûle un doigt. Je traverse le jardin en criant « eau fraîche, quinze minutes ! », je maintiens la main sous le robinet, je chronomètre, je surveille. Au bout d'un moment, on m'a demandé poliment si la saucisse pouvait finir sans nous.
« Pardon de te déranger si tard, t'es le seul infirmier que je connais. » « T'en connais d'autres. Je suis juste le seul qui répond. »
Je me réveille dans le train, la joue collée à la vitre, et je dis au monsieur d'à côté : « je vous laisse vous rhabiller. » Il a regardé son pull. Puis il m'a demandé s'il avait le temps avant le prochain arrêt.
J'ai sonné chez des amis pour un dîner. La porte s'ouvre, et je m'entends annoncer : « bonjour, c'est l'infirmier ! » La porte d'en face s'est ouverte aussi.
Un avant-bras est passé au-dessus du plateau de fromages pendant que je servais le vin. J'ai dit que ça n'avait pas l'air méchant. Quand j'ai relevé la tête, presque toutes les manches autour de la table étaient déjà remontées.
En soirée, j'ai serré une main et je ne l'ai pas lâchée. Je me suis entendu compter tout bas. Le type a attendu la fin, très poliment, et m'a demandé si c'était bon signe.
À la caisse, j'ai demandé sa carte Vitale. La caissière l'a sortie.
Au cinéma, gros plan sur une perfusion, et je dis tout haut qu'elle n'est pas purgée. Une voix devant moi a répondu : « je sais. Je le regarde depuis le début. »
Le coiffeur a demandé ce que je faisais dans la vie. Il m'a raconté son épaule, avec les mouvements, ciseaux en main. J'ai les cheveux très courts.
Annonce dans l'avion : est-ce qu'un soignant est à bord. Je me lève. Trois autres personnes se lèvent dans la même seconde. On s'est retrouvés debout au-dessus d'une dame qui voulait qu'on lui redescende son sac du coffre.
Au restaurant, j'ai coupé la viande dans l'assiette d'en face avant de m'apercevoir que ce n'était pas la mienne. Mon frère a attendu que je finisse, il a repris son assiette, et il m'a dit que j'avais oublié la serviette.
Il tousse, je demande « sec ou gras ». Le rencard s'est arrêté là.
Ces anecdotes viennent de l’application « Help je suis infirmier »
Un fil d’anecdotes anonymes de soignants. Deux règles : aucune malveillance, et personne n’est reconnaissable. Gratuit, sans compte.